C’est une pulsion assez profonde. Je me suis toujours senti une âme de soumise, un désir de me fondre dans la force et la présence de quelqu’un d’autre et de lui appartenir complètement. Tellement complètement que j’ai assimilé ce sentiment –d’une manière très romantique – à l’idée d’appartenance, de complète dépendance, dont on ne trouve d’équivalence que dans l’esclavage. Je suis tout à fait consciente que l’esclavage tel qu’il existe ou a existé dans le monde réel n’a rien à voir avec ce sentiment romantique. L’esclave ne fait pas don de soi mais est réduit à une condition qu’il ne désire pas et dont souvent seule la mort le libère.
Qu'est-ce qui vous a amené à le vivre plutôt dans Second Life que dans la vie courante?
La vie réelle et ses charges ont toujours eu la première main sur la réalisation de mon sentiment romantique. Je mène une vie active, nous travaillons tous les deux, nous avons deux enfants. De plus, je n’ai manifesté mon désir qu’assez tardivement, à la grande surprise de mon conjoint, et je le remercie pour sa patience et la qualité de son écoute devant une demande aussi extravagante. Nous n’avons pas réussi à intégrer ce statut dans notre vie quotidienne pour plusieurs raisons. Une esclave est une personne extraordinairement dépendante. Elle demande une attention que mon conjoint ne peut fournir. L’éducation que nous donnons à nos enfants, tournée strictement vers la prise en charge de soi-même, la responsabilisation individuelle en vue d’une autonomie la plus complète possible et le respect des sentiments d’autrui, est tout à fait incompatible avec le maintien d’une esclave dans la maison. Et ce n’est pas discutable. Second Life présente une alternative viable pour plusieurs raisons. C’est sans danger physique. Ensuite, mon désir rencontre et se nourrit du désir d’autrui, certainement de manière plus efficace et plus réaliste que si j’avais été enfermée dans ma maison. J’échange avec d’autres personnes qui amènent leurs propres réponses à des questions similaires aux miennes ou à leurs propres questions. Enfin, je peux assurer la continuité des relations avec ceux qui ne partagent pas mon désir et continuer à assumer les responsabilités que j’ai prises avant que j’aie l’ambition de réaliser ce statut dans la vie réelle.
Les sentiments que vous éprouvez à être esclave ont ils une répercussion sur votre quotidien réel?
Oui, évidement. Mon désir n’est plus un poids que je porte, une croix. C’est devenu une part vivante et active de ma personne, et à ce titre, participe à mon quotidien.
Oui, bien sur, mon avenir est ouvert.