lundi 4 février 2008

Réponse à A&C

Qu'est-ce qui vous a fait choisir le statut d'esclave?
C’est une pulsion assez profonde. Je me suis toujours senti une âme de soumise, un désir de me fondre dans la force et la présence de quelqu’un d’autre et de lui appartenir complètement. Tellement complètement que j’ai assimilé ce sentiment –d’une manière très romantique – à l’idée d’appartenance, de complète dépendance, dont on ne trouve d’équivalence que dans l’esclavage. Je suis tout à fait consciente que l’esclavage tel qu’il existe ou a existé dans le monde réel n’a rien à voir avec ce sentiment romantique. L’esclave ne fait pas don de soi mais est réduit à une condition qu’il ne désire pas et dont souvent seule la mort le libère.

Qu'est-ce qui vous a amené à le vivre plutôt dans Second Life que dans la vie courante?
La vie réelle et ses charges ont toujours eu la première main sur la réalisation de mon sentiment romantique. Je mène une vie active, nous travaillons tous les deux, nous avons deux enfants. De plus, je n’ai manifesté mon désir qu’assez tardivement, à la grande surprise de mon conjoint, et je le remercie pour sa patience et la qualité de son écoute devant une demande aussi extravagante. Nous n’avons pas réussi à intégrer ce statut dans notre vie quotidienne pour plusieurs raisons. Une esclave est une personne extraordinairement dépendante. Elle demande une attention que mon conjoint ne peut fournir. L’éducation que nous donnons à nos enfants, tournée strictement vers la prise en charge de soi-même, la responsabilisation individuelle en vue d’une autonomie la plus complète possible et le respect des sentiments d’autrui, est tout à fait incompatible avec le maintien d’une esclave dans la maison. Et ce n’est pas discutable. Second Life présente une alternative viable pour plusieurs raisons. C’est sans danger physique. Ensuite, mon désir rencontre et se nourrit du désir d’autrui, certainement de manière plus efficace et plus réaliste que si j’avais été enfermée dans ma maison. J’échange avec d’autres personnes qui amènent leurs propres réponses à des questions similaires aux miennes ou à leurs propres questions. Enfin, je peux assurer la continuité des relations avec ceux qui ne partagent pas mon désir et continuer à assumer les responsabilités que j’ai prises avant que j’aie l’ambition de réaliser ce statut dans la vie réelle.

Les sentiments que vous éprouvez à être esclave ont ils une répercussion sur votre quotidien réel?
Oui, évidement. Mon désir n’est plus un poids que je porte, une croix. C’est devenu une part vivante et active de ma personne, et à ce titre, participe à mon quotidien.

Ne ressentez-vous pas de frustration? N'avez-vous pas la pulsion de vous offrir en esclavage physiquement?
Oui, bien sur, mon avenir est ouvert.

4 commentaires:

Fabrice Tebaldi a dit…

Les réponses varient selon les individus, bien évidemment, pourtant elles restent étrangement les mêmes.

Ce sentiment, ce besoin, ne se commande pas. C'est comme ça. Il m'arrive des jours de le déplorer. Combien la vie pourrait être plus facile s'il en était autrement. Il m'arrive des jours de m'en féliciter, car après tout c'est une partie de ce qui est moi, et il n'y a pas à en rougir.

J'ai aussi une femme, et deux enfants. Je n'ai rien dit à mon épouse, bien que nous ayons pratiqué quelques scénarios, sous forme de jeux sans réelle implication. Comme vous dites, il y a d'autres responsabilités à assumer, et notre vie ne se résume pas à ce type de rapport, même si nos fantasmes, nos envies, nous pousseraient parfois à aller jusqu'au bout des choses, à s'offrir totalement.

J'avais eu recours à plusieurs reprises à des professionnelles en rl. C'est le plus simple, ce qui implique le moins, qui permet la compatibilité avec ses autres obligations. Et dans mes rapports avec les autres, en dehors de tout cadre sm, je suis plutôt dominant et rebelle.
Lorsque je suis arrivé sur sl, je n'y venais pas du tout pour le bdsm. J'ignorais même qu'il y en avait. Ma première recherche fut sur le mot "france" pour trouver des lieux a priori plus facile à aborder dans un premier temps.
Une des premières réponses apparue fut "france bdsm". Sorte de fatalité. J'explorais alors les lieux bdsm, anglophone et francophone, et je n'y trouvais dans un premier temps que les mêmes relations rapides et superficielles qu'en rl bdsm.

Puis, je l'ai rencontré. Cela a tout changé. Bien évidemment, cette relation n'a pas le coté physique de la rl, et c'est un manque, qui comme vous dites permet la poursuite d'une vie rl "normale".
En revanche, je n'avais jamais connu une telle dépendance psychique en rl. Cela parait bizarre pour quelqu'un étranger à sl, mais je dois reconnaitre que ce sentiment d'appartenance ne m'était jamais arrivé dans mes relations tarifées, où finalement je contrôlais tout. Et finalement, cette relation est beaucoup moins frustrante que toute celle que j'avais pu avoir dans le même style.

Cela modifie-t-il ma vie rl ? Sans doute. Sans aucun doute. Et je ne sais pas encore où cela me conduira. Tout en respectant mes obligations, je dois avouer que je ne suis plus tout à fait le même; Un peu plus de sureté, de confiance, dans certains cas, et moins dans d'autres. Est-ce que cela me poussera à affirmer mon statut de sub en rl ? Peut-être...je ne sais pas.

Quoiqu'il en soit, on peut ne pas sortir tout à fait indemne d'une relation sur sl.

Fabrice Tebaldi

PS : j'ai aperçu Susanna au ranch, et la magnifique Txiki à Roissy, je ne me suis pas permis de les déranger, mais je vous félicite.

Alexandre a dit…

Je vous remercie de votre réponse.

Vous avez une très belle conception de l'abandon à l'autre. Très romantique, certes mais très entière aussi. Je pense qu'il faut en effet entendre le terme "esclave de" dans l'acception "offert à". Il nous arrive pour notre part de parler d'esclave d'amour. L'appartenance quotidienne, dans le monde réel n'est en effet possible qu'à travers des liens d'amour et des concessions aux contingences de notre société. Comme vous le dites vous vivez un sentiment romantique ; une relation d'esclavage total et sans concession si ce n'est celles de l'impermanence, la virtualité et le platonisme de la démarche affective... Mais est-ce des points importants pour vous?

Je vous rejoins sur le fait qu'une esclave nécessite énormément d'attention et qu'il est loin d'être aisé d'intégrer cette dimension dans une vie de famille. Encore faut-il que les deux conjoints l'acceptent! Dans le réel (je n'aime pas ce terme car il tend à déprécier ce que vous vivez dans un virtuel emprunt, certainement, d'une grande réalité d'émotion) on doit faire la part des choses et se ménager des espaces, de temps, d'expression, de lieux etc comme probablement on se ménage des espaces pour intégrer Second Life.

SL, que vous qualifiez d'alternative, en supprimant la dimension de danger ne supprime-t il pas aussi une part du piment de ce type de relation?

Pour répondre à votre argumentaire, une esclave réelle peut et doit avoir une vie sociale et professionnelle épanouie et ne pas rester cloitrée au risque de mettre en péril sa santé mentale. De plus elle tire une certaine fierté à être, en parallèle à ses activités "normales", ce que peu sont en capacité d'être. Bien entendu, il ne peut être question dans ces conditions de "coller" parfaitement à la vision romantique de l'esclave.

"C’est devenu une part vivante et active de ma personne" votre conjoint n'en prend pas ombrage?

Je vous remercie encore du temps que vous m'avez offert par votre réponse.

Votre avenir me semble en effet superbement ouvert.

Je vous souhaite un parfait épanouissement.

A.

Alexandre a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Alexandre a dit…

à vendha

je pense que nous n'évoquons pas exactement la même chose :
"Je n'ai rien dit à mon épouse"
"J'avais eu recours à plusieurs reprises à des professionnelles en rl"
Vous évoquez donc ici des actes cachés et des prestations tarifées. Cela n'a dans le réel absolument rien à voir avec un lien d'appartenance au sein d'un couple.

"C'est le plus simple, ce qui implique le moins" Ce n'est en général pas le but recherché dans une relation d'esclavage.

Il me semble donc normal que la relation cérébrale d'appartenance soit plus vraie plus intense dans ce que vous vivez dans SL qu'avec une pseudo domina à 200€ de l'heure qui ne vous voit que comme un client (au mieux!)

Enfin, on ne sort jamais identique d'une relation forte, que le mode d'échange soit réel ou virtuel importe peu : la relation, elle, reste réelle.
Votre épouse est consciente de l'évolution de votre attitude, votre façon d'être?